septembre 7, 2026

Yaoundé, 27 août 2026 – Réunis dans la capitale camerounaise du 25 au 27 août 2026, les participants à la deuxième Conférence sur le Bassin du Congo ont adopté la Déclaration de Yaoundé 2026, un document qui entend accélérer la transition agroécologique, renforcer la souveraineté alimentaire et mieux protéger les forêts, la biodiversité et les droits des communautés.

 

Organisée autour de l’agroécologie, des systèmes alimentaires durables, de la biodiversité et de la justice climatique, la rencontre a réuni des organisations paysannes et d’éleveurs, des peuples autochtones, des communautés locales, des femmes et des jeunes, des chercheurs, des représentants des pouvoirs publics, des parlementaires, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs du secteur privé et des médias.

30 % des financements pour l’agroécologie

L’une des principales recommandations de la Déclaration concerne le financement. Les participants appellent les États membres et la Commission de l’Union africaine à inscrire explicitement l’agroécologie dans la mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) 2026-2035.

Ils proposent notamment de consacrer au moins 30 % des allocations des secteurs qui façonnent les systèmes alimentaires à l’agroécologie, avec des objectifs, des indicateurs et des lignes budgétaires clairement identifiés.

La Déclaration réclame également la création d’un mécanisme régional de financement dédié à l’agroécologie, directement accessible aux organisations paysannes et aux communautés. Les participants souhaitent par ailleurs que les financements climatiques, environnementaux et de conservation bénéficient davantage aux producteurs, aux femmes, aux jeunes, aux peuples autochtones et aux communautés locales.

Les droits fonciers et les semences paysannes au cœur des revendications

La question foncière constitue un autre axe majeur de la Déclaration de Yaoundé. Les participants demandent aux gouvernements de reconnaître et de sécuriser les droits communautaires et coutumiers sur les terres, les forêts et les territoires.

Ils appellent également à l’application systématique du consentement libre, préalable et éclairé avant la mise en œuvre de projets de conservation, d’exploitation minière, d’agro-industrie ou d’infrastructures susceptibles d’affecter les territoires des communautés.

La protection des semences paysannes figure aussi parmi les priorités. La Déclaration invite les législateurs à préserver le droit des communautés à conserver, utiliser, échanger et vendre leurs semences traditionnelles, tout en rejetant les dispositions susceptibles de criminaliser ou de restreindre ces pratiques.

Passer des projets pilotes à une véritable mise à l’échelle

Pour les participants, l’agroécologie ne doit plus rester cantonnée à des expériences pilotes. La Déclaration demande aux gouvernements de financer les services de conseil agricole, l’accès aux intrants biologiques et aux biofertilisants produits localement, ainsi que le développement des marchés territoriaux.

L’achat public de produits agroécologiques locaux est également encouragé, de même que l’intégration de l’agroécologie dans les programmes scolaires et les cantines scolaires. L’objectif affiché est de faire de l’agroécologie une véritable politique publique, capable de contribuer à la sécurité alimentaire tout en préservant les ressources naturelles.

Une meilleure coordination entre les pays du Bassin du Congo

La Déclaration insiste par ailleurs sur la nécessité d’une coopération régionale renforcée. La CEEAC, la CEMAC et la COMIFAC sont notamment appelées à adopter un cadre régional d’agroécologie et à renforcer leur coordination avec d’autres organisations régionales africaines.

Cette coopération devrait porter notamment sur les facteurs transfrontaliers de déforestation, le commerce du bois et du charbon de bois, les corridors miniers et d’infrastructures, la transhumance et les mouvements de populations.

Les participants proposent également la création d’un réseau de parlementaires d’Afrique centrale pour l’agroécologie, afin de favoriser l’harmonisation des législations dans l’ensemble du Bassin du Congo.

Femmes, jeunes et peuples autochtones appelés à jouer un rôle central

Au-delà des décisions gouvernementales, la Déclaration engage les organisations paysannes, la société civile, les chercheurs, le secteur privé et les médias. Les organisations de producteurs, les peuples autochtones, les mouvements de femmes et de jeunes sont ainsi appelés à développer les champs-écoles paysans, les banques communautaires de semences et les formations de paysan à paysan.

Les participants prennent également l’engagement de renforcer la représentation des femmes, des jeunes et des membres des communautés autochtones dans les instances dirigeantes.

Les chercheurs sont, pour leur part, invités à développer une recherche participative associant les paysans comme co-chercheurs et à valoriser les savoirs traditionnels avec le consentement de leurs détenteurs.

Une responsabilité particulière pour les médias

La Déclaration de Yaoundé reconnaît enfin le rôle des médias dans la promotion de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire.

Les professionnels de l’information sont appelés à traiter l’agroécologie, les droits fonciers et la souveraineté alimentaire comme des questions d’intérêt public, tout en donnant davantage la parole aux paysans, aux peuples autochtones, aux femmes et aux jeunes.

Une feuille de route pour mesurer les progrès

Pour éviter que les engagements ne restent de simples déclarations d’intention, les participants ont adopté une Feuille de route régionale d’action pour le Bassin du Congo, destinée à traduire les recommandations en activités, responsabilités, échéances et indicateurs. Une plateforme nationale d’agroécologie et une unité de coordination devront également être créées ou renforcées dans chacun des six pays du Bassin du Congo : Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale et Gabon. L’AFSA est mandatée pour accompagner la mobilisation des financements et soutenir la mise en œuvre de la COBCAI, en attendant la consolidation d’une unité régionale de coordination.

Une revue annuelle de l’agroécologie dans le Bassin du Congo devra enfin permettre de suivre les avancées réalisées. Les résultats seront examinés lors de la prochaine conférence régionale.

« Nourrir le Bassin du Congo, nourrir l’Afrique »

À travers la Déclaration de Yaoundé 2026, les participants entendent ainsi faire de l’agroécologie un levier de transformation des systèmes alimentaires du Bassin du Congo. Derrière cette ambition se trouve une conviction forte : le Bassin du Congo doit pouvoir davantage se nourrir lui-même, protéger ses écosystèmes et valoriser les savoirs de ses communautés.

La deuxième Conférence sur le Bassin du Congo aura donc posé un nouveau jalon. Reste désormais le défi de transformer les engagements adoptés à Yaoundé en politiques publiques, en financements et en actions concrètes sur le terrain.

Loading

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *