Depuis 2016, le Cameroun est en proie à une crise sécuritaire et politique qui affecte profondément les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Née des revendications corporatistes d’avocats et d’enseignants anglophones, la contestation s’est progressivement muée en conflit armé entre forces gouvernementales et groupes séparatistes. Dix ans plus tard, le bilan humain et matériel demeure lourd.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le conflit a causé la mort de plus de 8 000 personnes, entraîné près de 500 000 réfugiés et provoqué le déplacement interne d’environ 400 000 autres. Des chiffres qui traduisent l’ampleur d’une crise devenue structurelle, avec des conséquences durables sur l’économie locale, l’éducation et la cohésion sociale.
Une économie asphyxiée, un tissu social fragilisé.
Dans plusieurs localités, les activités économiques tournent au ralenti. Des commerces ont fermé, des plantations ont été abandonnées et de nombreux artisans ont perdu leur outil de travail. Les journées dites « villes mortes », les enlèvements contre rançon et les attaques sporadiques entretiennent un climat d’insécurité permanent.
L’école, symbole d’avenir, a été particulièrement ciblée. Des établissements incendiés, des élèves et enseignants agressés, parfois tués : la crise a profondément perturbé le système éducatif, compromettant l’avenir de milliers d’enfants.
Malgré l’organisation du Grand Dialogue National et la mise en place du Comité national de désarmement, démobilisation et réintégration (CNDDR), les redditions d’ex-combattants restent limitées. Si certains déposent les armes et entament un processus de réinsertion, une frange radicale continue d’alimenter la violence.
Urbain Medjou, itinéraire d’une vie brisée
À Buea, capitale régionale du Sud-Ouest, Urbain Medjou menait une vie paisible. Mécanicien de profession, il dirigeait un garage prospère dans le quartier de Bomaka. Au fil des années, il avait formé plusieurs jeunes à la mécanique automobile, contribuant à leur insertion professionnelle.
Mais au plus fort de la crise, son activité a été prise pour cible. Son atelier a été détruit lors d’un épisode violent qui a marqué le quartier. Il a tout perdu : son outil de travail, ses économies, sa stabilité. Contraint de fuir, il s’est retrouvé dans un autre pays en République Centrafricaine, sans l’avoir jamais envisagé.
Comme lui, des milliers de Camerounais ont été brutalement arrachés à leur quotidien. Certains ont perdu la vie, d’autres survivent en exil, avec pour seul bagage le souvenir d’un passé paisible.
Une paix encore fragile
Si l’État affirme poursuivre les efforts de pacification et de reconstruction, les attaques sporadiques et les tensions persistantes rappellent que la crise est loin d’être résolue. Les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains multiplient les appels à un dialogue inclusif et durable.
Au-delà des statistiques, la crise anglophone reste avant tout une tragédie humaine.
Elle n’épargne ni anglophones ni francophones, ni fonctionnaires ni artisans. Elle frappe indistinctement, laissant derrière elle des vies brisées et un pays en quête de réconciliation.
Plus que jamais, la recherche d’une solution globale et consensuelle apparaît comme une urgence nationale, afin que des histoires comme celle d’Urbain Medjou cessent de se répéter.
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