En accueillant la 15ᵉ Conférence biennale du Réseau des Institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH), le Cameroun confirme sa montée en puissance dans l’architecture africaine de gouvernance des Droits de l’homme. Organisée au siège du Conseil économique et social à Yaoundé, cette rencontre continentale marque un tournant stratégique, tant par son envergure que par la portée des décisions qui l’accompagnent.
L’élection du Professeur James Mouangué Kobila, Président de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), à la tête du RINADH, consacre le rôle central désormais reconnu au Cameroun dans la dynamique de consolidation du Système africain des Droits de l’homme.
Cette accession à la présidence intervient dans un contexte continental complexe, caractérisé par des défis sécuritaires persistants, des transitions politiques délicates et une demande citoyenne accrue de justice, de transparence et de protection des libertés fondamentales.
Une reconnaissance continentale appuyée par l’État camerounais
La Conférence s’est ouverte sous le sceau d’un fort engagement institutionnel.

Le soutien exprimé par le Président de la République, Son Excellence Paul BIYA, témoigne de l’importance stratégique accordée aux Droits de l’homme dans l’action publique nationale. La représentation du Premier ministre par le Ministre d’État, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Laurent ESSO, a renforcé la dimension étatique de l’événement et envoyé un message de stabilité et de continuité aux partenaires africains et internationaux.
Dans son discours inaugural, le nouveau Président du RINADH a mis en lumière le rôle structurant des Institutions nationales des Droits de l’homme (INDH), appelées à dépasser une fonction symbolique pour devenir de véritables acteurs de transformation, capables d’influencer les politiques publiques et d’assurer le suivi effectif des engagements régionaux et internationaux des États.
Repenser le Système africain des Droits de l’homme
Les travaux de la Conférence s’articulent autour d’une réflexion de fond sur la place des INDH dans le Système africain des Droits de l’homme et des peuples. L’enjeu n’est plus seulement la coexistence avec les mécanismes universels, mais l’affirmation d’un système africain fondé sur ses propres références historiques, sociales et culturelles. Une singularité que reflètent les décisions et la jurisprudence des organes africains, notamment la Commission africaine, la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples et le Comité africain des experts sur les Droits et le bien-être de l’enfant.
Cette approche vise à renforcer l’appropriation nationale des normes africaines et à rapprocher les mécanismes régionaux des réalités vécues par les populations.

Une dynamique inclusive et participative
La diversité des participants – institutions publiques, universitaires, étudiants, autorités traditionnelles et organisations de la société civile – illustre la volonté de bâtir un Système africain des Droits de l’homme plus ouvert et participatif. Une orientation conforme aux recommandations issues du Forum des INDH de Banjul, qui plaident pour une implication accrue des communautés et des citoyens dans la protection de leurs droits.
La présence conjointe de hauts responsables des mécanismes africains et internationaux, notamment la Commission africaine et la GANHRI, souligne par ailleurs la complémentarité croissante entre les niveaux régional et universel.
Un défi de mise en œuvre pour le Cameroun
Au-delà de la visibilité diplomatique, la présidence camerounaise du RINADH ouvre une phase exigeante. Elle confère au Cameroun la responsabilité de traduire son leadership continental en progrès mesurables sur le plan national, notamment en matière de prévention des violations, d’accès à la justice et de renforcement de la culture des Droits de l’homme.
La Conférence de Yaoundé s’impose ainsi comme un moment clé de redéfinition du rôle des Institutions nationales africaines, avec l’ambition de construire un Système africain des Droits de l’homme plus cohérent, plus efficace et véritablement ancré dans les réalités du continent.
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