Les défis liés à l’eau potable et à l’assainissement en Afrique demeurent immenses. Ils ont été au cœur des échanges du dialogue ministériel organisé le 10 février à Yaoundé, en marge du 23e Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA), à l’initiative de la Banque africaine de développement (BAD).
Autour de la table, plusieurs membres de gouvernements africains, parmi lesquels le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, et la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, du Directeur Général de la Camwater,tous ont dressé un constat préoccupant : malgré les efforts engagés ces dernières années, le secteur peine à répondre à une demande en constante progression.
Un déficit structurel persistant
Les discussions ont mis en lumière des contraintes communes à de nombreux pays du continent. Le déficit de financement des infrastructures hydrauliques reste l’un des principaux freins.Les besoins d’investissement sont considérables, alors que les ressources publiques sont limitées et que les mécanismes de financement innovants peinent à se généraliser.
À cela s’ajoutent un faible taux d’accès à l’eau potable en milieu rural et périurbain, des réseaux vétustes générant d’importantes pertes techniques, ainsi qu’une croissance démographique rapide qui accentue la pression sur les infrastructures existantes.
Selon les chiffres évoqués, environ 400 millions d’Africains n’ont pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. En matière d’assainissement, la situation est encore plus critique : près de 800 millions de personnes restent privées de services adéquats.

Des réformes en chantier
Face à ces défis, plusieurs pays explorent des pistes de réforme. Au Cameroun, le gouvernement travaille à l’élaboration d’un « Compact eau », un nouvel instrument stratégique destiné à renforcer la gouvernance du secteur et à améliorer la performance des opérateurs publics.
Cette initiative s’inscrit notamment dans le processus de restructuration de la Cameroon Water Utilities (Camwater), avec pour objectifs d’assainir la trésorerie, de réduire l’endettement et d’accroître les capacités de production.
Les échanges ont également souligné l’importance d’une meilleure coordination entre États, institutions financières et partenaires techniques.
L’innovation technologique, la mobilisation du secteur privé et l’amélioration de la gestion des ressources apparaissent comme des leviers incontournables pour accélérer l’accès universel à l’eau et à l’assainissement.
Une question de développement et de dignité
Au-delà des chiffres, les intervenants ont rappelé que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement constitue un enjeu de santé publique, de développement économique et de dignité humaine.
Sans investissements massifs et réformes structurelles ambitieuses, les objectifs de développement durable liés à l’eau risquent de rester hors de portée.
Le dialogue de Yaoundé aura au moins permis de poser clairement les enjeux : transformer les engagements en actions concrètes afin que, demain, le verre soit pleinement rempli pour des millions d’Africains.
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