Selon un expert, le différend opposant le Port Autonome de Douala (PAD) à certaines administrations de tutelle au sujet du contrat de scanning des marchandises est souvent présenté comme un litige administratif ou juridique. Une telle lecture, bien que commode, est insuffisante. D’un point de vue économique, ce dossier met surtout en lumière les failles de gouvernance d’un dispositif générateur de revenus importants, ainsi que les tensions classiques liées au contrôle et à l’allocation de rentes publiques.
Le scanning portuaire constitue en effet un instrument hybride : à la fois outil de sécurisation des échanges et mécanisme de mobilisation de ressources financières. C’est cette double nature qui explique l’intensité du conflit actuel.
Le scanning comme mécanisme de rente parafiscale
Sur le plan économique, le dispositif de scanning mis en œuvre au Port de Douala repose sur une contribution spécifique acquittée par les opérateurs économiques. Cette contribution, assimilable à une taxe parafiscale, génère des flux financiers significatifs qui ne transitent que partiellement par le budget général de l’État.
La structure du contrat SGS organise ces flux autour de plusieurs canaux : redevances, rétrocessions et avantages indirects affectés à diverses administrations. Cette architecture crée un système d’incitations dans lequel la stabilité du contrat devient un enjeu majeur pour les bénéficiaires, indépendamment de son efficacité opérationnelle réelle.
Dans un tel contexte, toute remise en cause du dispositif existant – qu’elle prenne la forme d’une modernisation, d’une renégociation ou d’une reprise en main par l’autorité portuaire – est perçue comme une menace directe sur des revenus établis.
Une gouvernance financière déconnectée de l’opérateur portuaire
L’un des points les plus problématiques du dispositif actuel réside dans la marginalisation du PAD dans la gouvernance du scanning. Bien que responsable de l’exploitation et de la sécurité du port, le PAD n’est ni signataire du contrat SGS, ni bénéficiaire direct des recettes générées.
D’un point de vue économique, cette situation crée une asymétrie de responsabilités et d’incitations : l’entité chargée de la performance opérationnelle ne dispose ni du contrôle du dispositif, ni des ressources financières correspondantes. Ce décalage est contraire aux principes élémentaires de bonne gouvernance des infrastructures publiques.
Un dispositif rigide face à l’évolution du trafic
Le contrat SGS semble par ailleurs peu adapté à l’évolution rapide du trafic portuaire. Alors que les volumes ont fortement augmenté au fil des années, les obligations d’investissement et de mise à niveau technologique du prestataire n’ont pas suivi le même rythme.
Cette rigidité contractuelle engendre plusieurs coûts économiques :
une hausse des charges supportées par les opérateurs économiques ;une répercussion indirecte sur les prix à la consommation ;une efficacité marginale décroissante du contrôle des marchandises.D’un point de vue coût-bénéfice, la soutenabilité économique du dispositif mérite donc une réévaluation approfondie.
Sécurité et efficacité : un arbitrage insuffisamment documenté
L’argument sécuritaire est régulièrement mobilisé pour justifier le maintien du contrat en l’état. Or, l’analyse économique impose d’évaluer cet argument à l’aune des résultats observables. La persistance de trafics illicites et le contournement des dispositifs de contrôle interrogent l’efficience réelle du scanning actuel.
Sans indicateurs publics de performance, il est difficile d’établir un lien clair entre les ressources mobilisées et les gains effectifs en matière de sécurité. Cette absence de transparence affaiblit la crédibilité économique du statu quo.
Une controverse révélatrice d’un problème de gouvernance publique
L’intensité du conflit autour du scanning contraste avec le traitement réservé à d’autres dossiers portuaires pourtant lourds d’enjeux financiers. Cette sélectivité suggère que la question centrale n’est pas tant la légalité des procédures que la préservation d’un équilibre financier favorable à certains acteurs institutionnels.
Du point de vue de l’économie politique, l’affaire SGS–PAD illustre un cas classique de résistance à la réforme dans un secteur où des rentes parafiscales se sont progressivement institutionnalisées.
Conclusion : pour une réforme fondée sur la transparence et l’alignement des incitations
L’affaire SGS–PAD ne doit pas être analysée comme un simple conflit administratif. Elle pose des questions fondamentales de gouvernance économique : transparence des flux financiers, alignement des incitations entre acteurs, et efficacité de l’allocation des ressources publiques.
Une réforme crédible du dispositif de scanning devrait reposer sur:l’intégration pleine du PAD dans la gouvernance financière du système ;la budgétisation claire des recettes issues du scanning ;l’évaluation économique régulière du rapport coût-efficacité du dispositif.
À défaut, le débat restera dominé par des logiques de préservation d’intérêts, au détriment de l’efficacité économique et de l’intérêt général.
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