Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, a présidé le 16 mars dernier une cérémonie de signature de conventions stratégiques visant à accélérer la modernisation des filières agricoles et à réduire la dépendance alimentaire du Cameroun.Deux accords majeurs ont été conclus, marquant un tournant décisif pour les filières du palmier à huile et du manioc.
Un partenariat structurant pour la filière huile de palme
Le premier protocole d’accord a été signé entre l’État du Cameroun, représenté par le MINADER, et la Société camerounaise de savonnerie (SCS), représentée par sa présidente du conseil d’administration, Fotso Edith Rachelle. Ce projet d’envergure concerne le développement de l’agro-industrie du palmier à huile dans l’arrondissement de Yoko, situé dans la plaine centrale. Il intervient dans un contexte marqué par un important déficit de production : en 2023, la production nationale d’huile de palme (300 000 tonnes) ne couvrait qu’environ un quart des besoins estimés à 1 179 000 tonnes, contraignant le pays à importer près de 500 000 tonnes.

Un investissement ambitieux
Le plan prévoit :
la création d’une palmeraie de 25 000 hectares ;un investissement global de 39,4 milliards de FCFA ;un bénéfice cumulé estimé à 44,04 milliards de FCFA ;
un taux de rentabilité interne de 21,24 %.
Le projet repose sur une chaîne de valeur intégrée, allant de la production de plants (408 000 prévus) à la transformation industrielle : huile de palme, huile de palmiste, savons, bougies et margarine.
Un fort impact social
Au-delà des performances économiques, l’initiative met l’accent sur l’impact social avec :140 000 emplois prévus (40 000 directs et 100 000 indirects) ;
l’amélioration des revenus des populations rurales ;la réinsertion des jeunes dans les bassins agricoles.

Pour Fotso Edith Rachelle, ce projet illustre la volonté des pouvoirs publics de promouvoir l’emploi des jeunes et des femmes, tout en renforçant la politique d’import-substitution. Elle a également souligné l’importance du dispositif de collecte mis en place pour soutenir les petits producteurs et sécuriser leurs débouchés.
La filière manioc au cœur de la stratégie d’import-substitution
En marge de cette signature, le MINADER a également conclu une convention avec le Centre des Réseaux des Filières de Croissance (CRFC), dans le cadre d’un ambitieux plan de relance et de structuration de la filière manioc à l’horizon 2030.
Ce programme s’inscrit dans une dynamique plus large visant le développement des filières maïs, manioc, soja et palmier à huile.

Des objectifs de production élevés
Le partenariat prévoit :l’exploitation de 45 000 hectares dans la plaine centrale ;la production de 500 000 tonnes de farine panifiable ;400 000 tonnes d’amidon de manioc.Le projet sera mis en œuvre avec l’appui de la Société nouvelle agro-industrielle du Cameroun (SONATIC SA), qui se chargera de l’aménagement et de l’exploitation des surfaces agricoles.
Il inclut également la création d’un centre de production de matériel végétal performant, destiné à améliorer les rendements et la qualité des cultures.
L’agriculture, pilier stratégique de l’économie nationale

Selon Gabriel Mbairobe, l’agriculture contribue à environ 20 % du PIB du Cameroun et emploie plus de 60 % de la population active. Dans ce contexte, elle demeure un levier essentiel de croissance et de souveraineté économique.
Ces initiatives s’inscrivent dans la politique d’import-substitution impulsée par le chef de l’État, visant à réduire la dépendance aux importations, préserver les réserves en devises et rééquilibrer la balance commerciale.
Une nouvelle dynamique pour l’agro-industrie camerounaise
À travers ces deux accords, le gouvernement camerounais confirme son ambition de transformer en profondeur son agriculture, en misant sur l’industrialisation, la structuration des filières et l’inclusion des petits producteurs.
Une orientation stratégique qui pourrait, à terme, faire de l’agriculture le véritable moteur de la croissance économique nationale.
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